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Le Congrès de l’UOIF dans le Monde

Le président, Ahmed Jaballah, a souligné l’importance du vote pour remédier aux « amalgames »

Le sujet de l’élection présidentielle n’était pas, officiellement, à l’affiche du 29e congrès de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui s’est tenu du 6 au 9 avril au Bourget (Seine-Saint-Denis). Mais durant tout le week-end de ce grand rassemblement annuel des musulmans de France, il a été omniprésent. Notamment à travers un leitmotiv décliné à l’envi par nombre de responsables laïcs et religieux aux milliers de visiteurs de la manifestation : la nécessité « d’aller voter ».

Dès l’ouverture du congrès, vendredi 6 avril, alors que plusieurs « savants » étrangers invités venaient d’être interdits de territoire français par le gouvernement, le président de l’UOIF, Ahmed Jaballah, a été le premier à souligner l’importance, à ses yeux, de la participation électorale pour remédier aux « amalgames » : « l’essentiel, c’est le vote », a-t-il pointé, regrettant que la participation électorale des « musulmans » reste « faible » en France.

M. Jaballah a néanmoins assuré qu’« aucune consigne » de vote n’avait été donnée et il a rappelé l’initiative à laquelle l’UOIF s’est associée pour la campagne : « bougez-votez.fr ». Cet appel, lancé avec plusieurs associations, dont le collectif contre l’islamophobie, vise à mobiliser des musulmans partout en France autour de la lutte contre « toute idée (…) qui viserait à (…) faire de l’islam et des musulmans les boucs émissaires des maux que connaît notre société ».

Durant les quatre jours du congrès, de nombreux débats ont aussi été organisés et certains ont été l’occasion pour des militants associatifs ou de jeunes entrepreneurs ayant réussi de faire de la pédagogie sur les bienfaits de la participation électorale. « En France, on est obligé de passer par le politique pour se faire entendre, l’associatif et l’économique ne suffisent plus », justifie un responsable d’une structure de Bobigny lors d’un débat sur « l’inclusion sociale des jeunes de banlieue ».

La conférence a toutefois souffert d’un auditoire nettement plus clairsemé que le mini-concert du rappeur Médine, qui suivait, juste après. Les allées les plus remplies du congrès de l’UOIF, comme chaque année, ont été celles des stands de vêtements traditionnels (abayas, qamis…), d’encens ou de littérature islamique. « C’est vrai que l’on [les musulmans] se laisse un peu aller. (…) Mais on est pratiquement tous nés ici et on nous attaque. (…) Ça n’incite pas à aller voter », explique Ahmed, 42 ans, paysagiste, venu avec un petit groupe de fidèles de la mosquée de Cergy (Val-d’Oise). Comme beaucoup de personnes rencontrées, il ne souhaite pas donner son nom.

Abid, 30 ans, a tenu tout le week-end un stand où il a fait la promotion d’une application pour iPhone et Androïd qui permet de géolocaliser les commerces musulmans. Mais il croit, lui, à l’émergence d’une génération qui se sent concernée par la politique. « Un visiteur m’a carrément demandé d’ajouter une option qui permette d’avoir un fil d’information agrégeant toutes les lois et actualités politiques sur les musulmans de France », raconte-t-il. « A titre personnel, je milite d’ailleurs sous pseudonyme, sur de nombreux forums Internet, pour inciter les gens à aller voter », assure-t-il.

Mohammed, 39 ans, membre actif de la mosquée de Puteaux (Hauts-de-Seine), dit pour sa part avoir, fin 2011, « pour la première fois, imprimé des affichettes signées de la mosquée de Puteaux, qui ont été collées dans les commerces, pour dire aux gens d’aller chercher leur carte ». Les gens ne « savent toutefois pas forcément pour qui voter, précise-t-il. Socialement, les musulmans sont plutôt de gauche, mais sur les valeurs, notamment la famille, ils sont plutôt de droite. » Et, « avec la crise, comme tous les croyants ou non- croyants, ils ne savent pas où le monde va ».

 

Article publié le 10 Avril 2012
Par Elise Vincent  ©Le Monde

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