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Voile intégral

Ni putes ni soumises a reçu 50 000 euros du gouvernement pour aller à leur rencontre

La mesure a été adoptée in extremis par le ministère de l’immigration, peu avant sa disparition lors du remaniement. Fin octobre, le ministre Eric Besson annonçait le lancement de l’opération « Ambassadrices de la laïcité et de l’égalité hommes-femmes », dans le cadre de la médiation prévue par la loi interdisant le port du voile intégral. Une subvention de 50 000 euros a été accordée à l’association Ni putes ni soumises (NPNS), fondée en 2003 par l’ancienne secrétaire d’Etat Fadela Amara. Les rencontres de terrain devaient symboliquement débuter le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, et se multiplier durant cinq mois dans une vingtaine de villes. A la veille du jour J, l’association ne donne ni dates ni lieux pour les premières rencontres. Mais, selon Diariatou Bah, l’une des quinze « ambassadrices » proposées par NPNS, les militantes organiseront « prochainement du porte à porte » et « des débats dans les maisons de quartiers ou les établissements scolaires ». Leur but : promouvoir la laïcité au sens large, mais surtout, tenter de rencontrer des femmes qui portent le voile intégral. Une gageure pour cette association, dont l’image dans les quartiers a souvent fait l’objet de controverses. « On nous reproche de ne pas être légitimes, s’insurge Sihem Habchi, la présidente de NPNS, mais sur la burqa, qui l’est ? Sur ce sujet, personne n’est prêt à aller sur le terrain. Nous, nous ne voulons pas laisser le champ à l’extrême droite et aux islamistes. »

Un mois et demi après la promulgation de la loi, les six mois prévus pour « la médiation et la pédagogie » se réduisent implacablement ; et, de fait, les initiatives ne se bousculent pas. Le gouvernement travaille à la publication de plaquettes d’information sur la loi et prépare une circulaire à l’intention des magistrats. Du côté des responsables musulmans, qui ont toujours clamé leur opposition à la loi, c’est le silence radio. « Engager le dialogue avec ces femmes est une mission très difficile », reconnaît Lila Charef, avocate et juriste du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), une association prête à accompagner les femmes verbalisées jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme. « Cette loi n’est pas née d’un compromis, elle leur a été imposée. En outre, ces femmes ont été dénigrées, on en a fait des délinquantes. Difficile dans ces conditions de parler de dialogue », explique-t-elle. La jeune femme reconnaît, elle aussi, la difficulté à trouver des interlocuteurs « légitimes ». Mais déplore le choix des militantes de NPNS. « C’est même aberrant. Tout le monde sait qu’elles ont instrumentalisé les problèmes des banlieues. Elles ont ethnicisé les violences faites aux femmes, comme si les femmes issues de l’immigration étaient les seules victimes de sexisme. » Pour autant, Lila Charef n’aurait pas voulu prendre part au travail de médiation : « Je ne souhaite pas participer à une parodie de défense de la laïcité. Il y a des problèmes plus urgents à régler. »

Sihem Habchi réaffirme la connaissance qu’ont, selon elle, les militantes de NPNS « du terrain » et se défend d’en avoir fait des « fonctionnaires de Besson ». « On voit bien, dans les quartiers, les filles qui passent du hijab [foulard islamique simple] au niqab. On peut leur expliquer que ce n’est pas cette tenue qui va les protéger des violences conjugales, du harcèlement sexuel ou des pressions familiales », argumente-t-elle. Croyante, Diariatou Bah, victime d’excision et d’un mariage forcé, ne supporte pas « l’instrumentalisation » de la religion : « Pour moi, le voile intégral représente un emprisonnement. »« La loi est là. Il faut l’expliquer et rappeler à ces femmes d’où vient le principe de laïcité, même si elles ne sont pas toutes d’accord avec notre manière de faire. »

Stéphanie Le Bars – Article daté du 26/11/2010 ©Le Monde

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